saison 09-10

«Rêves d’héroïsme et de radicalité»

Notre terreur
création collective d'ores et déjà
mise en scène
Sylvain Creuzevault
Petit Théâtre
du 16 septembre au 9 octobre 2009

Une maison de poupée et Rosmersholm
de Henrik Ibsen
mise en scène
Stéphane Braunschweig
Grand Théâtre
du 14 novembre 2009 au 16 janvier 2010

Merlin ou la Terre dévastée
de Tankred Dorst
création du collectif Les Possédés
dirigée par
Rodolphe Dana
Petit Théâtre
du 20 novembre au 19 décembre 2009

La Pierre
de Marius von Mayenburg
mise en scène
Bernard Sobel
Grand Théâtre
du 22 janvier au 17 février 2010

Les Justes
d' Albert Camus
mise en scène
Stanislas Nordey
Grand Théâtre
du 19 mars au 23 avril 2010
image illustration
par Anne-Françoise Benhamou
L’acte héroïque, le geste radical sont de ceux qui brisent un certain état du monde pour rouvrir la réalité ; ils créent une percée vers un autre possible — qu’on tenait pour impossible.

C’est au nom d’un présent à restaurer dans sa plénitude, ou d’un avenir à construire que les personnages d’Ibsen et de Camus se mettent en action, jusqu’à la transgression.

C’est aussi pour recréer le monde à neuf que les révolutionnaires de 1793 évoqués par la création collective de d’ores et déjà entrent dans la logique de la Terreur, ou que les chevaliers arthuriens réinventés par Tankred Dorst — avec toutes les quêtes de Graal du XXe siècle en toile de fond — s’engagent dans l’aventure.

Radicalité et héroïsme sont des figures extrêmes de l’action humaine, deux façons de repousser les limites d’une condition subie. Héros et personnages radicaux font le pari d’un acte individuel dont ils acceptent de payer le prix, souvent élevé.

Comment ces fictions travaillent-elles notre imaginaire au moment où les citoyens des démocraties européennes que nous sommes se sentent de plus en plus dépossédés de leur histoire et de leur devenir? Comment rêvons-nous aujourd’hui, sur fond de nihilisme, ces figures romanesques, légendaires ou historiques qui font confiance à leur capacité d’agir et de recréer des valeurs au point d’assumer la violence et le scandale d’une certaine destruction ?

Ces spectaculaires passages à l’acte se revendiquent eux-mêmes comme des exceptions. Pourtant, quels que soient nos désenchantements, les utopies et les choix qui les soutiennent appartiennent au patrimoine commun de nos rêves d’action. Même quand ils s’absentent de l’histoire que nous vivons, gestes héroïques et choix radicaux ne désertent ni nos cauchemars ni nos rêves. Qu’ils soient vécus comme modèles ou contre-modèles, leur ombre portée sert bien souvent de mesure à nos conduites (ou à notre passivité) et à nos principes d’action (ou à nos doutes ) : ainsi des personnages de La Pierre, dont l’identité familiale repose sur l’héroïsme supposé de leur aïeul.

Aujourd’hui, dans une société où les normes et les codes, les formes de la vie sociale et les formatages technologiques régissent de plus en plus les conduites et la conception que chacun se fait de soi, de sa propre valeur, ou non valeur, nous aimerions que les brèches ouvertes avec fracas par ces rêves de théâtre soient autant d’appels d’air.

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